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Boulimie Littéraire

Au fil de mes aventures littéraires…

Mois

février 2015

Dix heures et demie du soir en été (Marguerite Duras)

Marguerite_Duras

Pierre et Maria, un couple accompagné de leur fille Judith et d’une amie de Maria, Claire, sont en vacances en Espagne.

Ils s’arrêtent dans un petit village pour y passer la nuit et apprennent qu’un crime passionnel s’est déroulé quelques heures auparavant : Rodrigo Paestra a tué sa jeune épouse et son amant.

Dans une atmosphère de chasse à l’homme par la police espagnole et sous un orage, Pierre, Maria, Judith et Claire se réfugient dans un hôtel bondé. Maria découvre une liaison naissante entre son mari et son amie Claire, du balcon de l’hôtel… de ce même balcon, elle découvre la présence de Rodrigo, le tueur, caché sous une couverture sur un toit…

Elle va l’aider… un peu… mais ne pourra empêcher l’inexorable concernant Rodrigo et son couple.

Dans les vapeurs d’alcool, elle noie sa peur de la perte de son mari et sa solitude.

Ce court roman est l’histoire d’une infidélité dans une chaleur estivale étouffante. Un couple qui se sépare doucement, inexorablement dans le style fluide et sans concession de Marguerite Duras. Celle-ci est abrupte et ne leur laisse aucune chance dans ses phrases en apparence facile… mais derrière quelle musique!

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Narcisse et Goldmund (Hermann Hesse)

Narcisse

Au Moyen-Age, au monastère de Mariabronn, Narcisse, novice supérieurement intelligent, se voit confier des tâches d’enseignement.

Il se lie d’amitié avec Goldmund, enfant confié par son père au monastère pour y recevoir éducation et entrer en vie religieuse afin d’expier les péchés de sa mère, une artiste éprise de liberté qui a quitté son mari et son fils.

Narcisse qui sait lire dans les âmes des autres sait que la vocation de Goldmund n’est pas dans la science mais dans l’art, et le lui fait graduellement découvrir.

Ainsi, à 18 ans, Goldmund abandonne ses aspirations à la vie religieuse et quitte le monastère.

Durant quelques années, Goldmund (ou Bouche d’Or) mène une vie de vagabond, de plaisirs charnels, d’amour véritable avec Lydia, de rencontre mystico-artistique face à une statue de la vierge qui le mènera à Maitre Nicklaus, sculpteur et maître de Goldmund, et ainsi à la création.

Cette vie d’errance est une apologie de la liberté d’être et de créer dans un environnement laid ou envahi de plaisirs charnels, et à l’encontre de l’absurdité et la fragilité de la vie.

Ce roman est un hymne à l’amitié de deux personnes que tout oppose, à la difficulté d’être humain dans un monde si difficile, parfois laid, parfois réjouissant.

Deux visions s’opposent : celle du savant ascète et celle de l’artiste jouissif mais très sensible. L’un parcourt le monde, l’autre son esprit…

Un très grand roman !

Le buveur de lune (Göran Tunström)

Buveur_de_lune

Dans le grand village de glace et de feu qu’est l’Islande, Pétur, devenu adulte, revient sur les traces de sa jeunesse avec des yeux d’enfant.

Pétur est le fils d’Halldor, père fabuleux, buveur de lait de lune, et ersatz de mère. Il a grandi au 12, traverse des Poètes, où se rencontrent le gouvernement islandais pour jouer au Scrabble, ainsi que l’imaginaire et la réalité quotidienne.

Comment un évènement majeur pour un adolescent va orienter sa vie : son ballon de foot de l’indépendance atterrit chez l’ambassadeur de France qui ne voudra jamais le rendre.

Ce roman drôle et nostalgique par moment, montre la relation père-fils quasi fusionnelle qui se construit pendant l’enfance et l’adolescence, s’étiole à l’âge adulte et se renoue avec émancipation et tendresse à l’approche de la mort d’Halldor.

Il s’agit d’un hymne à la liberté et au droit au surnaturel dans un monde très rationnel !

Le Chandelier enterré (Stefan Zweig)

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Les trois nouvelles de ce recueil sont issues de la tradition juive (« le Chandelier enterré », « Rachel contre Dieu ») et de légendes hindoues (« Virata »).

Le Chandelier enterré est une légende concernant comment le Ménorah en or massif, volé plusieurs fois par des envahisseurs, a été reproduit à l’identique pour éviter qu’il soit détruit.

Dans le second conte, Rachel contre Dieu, Rachel, femme de Jacob, se dresse face à Dieu dont la colère s’abat sur l’humanité et ses pratiques dissolues. Elle tente de le raisonner en lui faisant part de son sacrifice tout au long de sa vie, en son nom.

Virata, héro militaire dévoué à son roi, devient juge, puis petit à petit, dans une recherche effrénée de vertu et de sagesse, devient un anti-héros, abandonnant gloire, biens, famille. Cette quête spirituelle lui permet de devenir un homme libre de toute faute, tout en devenant esclave s’occupant des chiens du roi.

Un recueil de nouvelles très Zweigiens alliant voyages dans un monde de légendes et spiritualité. Zweig, dans son approche de conteur, rend accessibles et actuels les concepts abstraits de Vertu et d’Existence.

Tendres plaintes (Yoko Ogawa)

Tendres plaintes

Trompée par son mari, Ruriko s’enfuit dans la maison de vacances de son enfance, en pleine forêt, où elle décide de pratiquer son travail de calligraphe.

Dans le chalet voisin se trouve un facteur de clavecin peu loquace, Nitta, assisté par Kaoru, une jeune fille pleine de vie et au passé secret. Ruriko va longtemps s’interroger sur la relation de ses voisins, en particulier sur Nitta, ancien concertiste, qui ne peut plus jouer devant un public, sauf devant Kaoru et son vieux chien aveugle.

Encore plus que dans ses oeuvres précédentes, Yoko Ogawa nous fait quitter la folie de Tokyo pour nous faire retrouver les saveur premières: le vent, les sons, les sensations… le lecteur prend enfin son temps et déguste une rasade de douceur, silence, tranquillité et spiritualité.

Villa triste (Patrick Modiano)

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Victor, un jeune homme en fuite, se réfugie dans une ville thermale, à quelques rames de la Suisse. Il y fit la rencontre d’Yvonne et Meinthe, vit une relation avec Yvonne et se laisse mener par ces deux personnages, entourés de gens excentriques.

Plus de 12 ans plus tard, il recroise un Meinthe vieillissant et se souvient de cette période de refuge auprès d’Yvonne dans cette ‘villa triste’. Ce vieux Meinthe le guide à travers les rues d’aujourd’hui dans la brume de la nostalgie.

Comme toujours, Modiano nous emmène dans sa nostalgie de son enfance, des années 60, de ce qui a été et ne sera plus. Il mélange le présent au passé, dans style très épuré.

Trophée (Steffen Jacobsen)

TRophée

À la mort de son père, fondateur d’un gigantesque empire industriel danois, Elisabeth Caspersen découvre dans son coffre-fort un DVD amateur, montrant le film des derniers instants atroces d’un jeune couple victime d’une sordide chasse à l’homme en pleine montagne. Or, l’un des chasseurs semble bien être le défunt père d’Elisabeth…

Une enquête à 100 à l’heure entre le Danemark et le Grand Nord, est haletante et menée par un détective privé un peu tête brulée au sens propre comme au figuré!

Aucune issue : ce roman se dévore avec frénésie et curiosité un peu malsaine. Une découverte venue du Nord!

Mais il faut bien avouer que ce livre n’incite pas une paisible balade au nord du cercle polaire arctique…

Les belles images (Simone de Beauvoir)

Les belles images

Laurence, héroïne de ce roman des années 60, jongle avec ses divers rôles sociaux et obligations : mère inquiète, épouse dévouée, amante, femme active, fille de parents vieillissants. Au fil du temps, elle prend conscience de son enfermement dans des images prédéterminées par la société souvent divergentes.

Lasse de ces contradictions et en manque d’émotions vraies, elle se demande : « Qu’est-ce que les autres ont que je n’ai pas ? ».

J’ai découvert ce court roman de Simone de Beauvoir par hasard, et d’occasion. Inconnu mais très actuel, il est ardu et peu stimulant pendant les dix premières pages ; cependant, la modernité de Laurence provoque un attachement au personnage et un besoin de savoir comment elle se sortira de cette morosité…

Un Parfum d’herbe coupée (Nicolas Delesalle)

Un Parfum d'Herbe Coupée

Un Parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle est un voyage dans le temps, dans les souvenirs de petits riens, pleins de grandes significations e : le premier baiser, le premier film X sur Canal, le décès d’un ami à peine sorti de l’adolescence, un dernier message du grand-père atteint d’Alzheimer (« « Tout passe, tout casse, tout lasse »).

Cette succession d’anecdotes désorganisées, comme peuvent l’être les souvenirs, sont des perches tendues à l’hypothétique arrière petite fille de Kolia, Anna, un lien entre deux générations qui ne se connaitront probablement jamais.

Entre rire et larmes, nous nous laissons porter par un style facile à lire, mais dans un rythme soutenu, – certainement lié à la genèse de cet écrit sur Twitter et le blog de Nicolas Delesalle. « La vie est courte comme un flash, mieux vaut penser à sourire pour la photo ».

Les seuls regrets sont le titre et la première de couverture qui positionnent le livre comme un livre ‘terroir’, visant des lectrices et lecteurs plus âgés. Quel dommage !, car ce recueil de souvenirs/nouvelles parlent à toutes les générations, même si les quadra se retrouveront aisément dans certaines références de l’auteur !

Un grand merci aux Editions Préludes et à l’équipe de Babelio pour cette découverte littéraire !

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