doa

Dans Pukhtu Primo, DOA nous embarque sans ménagement au cœur de la dure réalité afghane, une réalité que l’on n’ose pas imaginer. Il s’agit de la première partie d’une fresque hyper réaliste nous immergeant dans divers récits éparses de tous les bords s’affrontant dans les zones tribales afghanes, au Pakistan, à Paris…, mixant les énigmes policières, la géopolitique, les scènes d’action très violentes (âmes sensibles, s’abstenir !!), les rapports militaires, les dépêches d’agence de presse…

Nous vivons là une plongée très très bien documentée et assez étourdissante dans un Afghanistan sali par des décennies de guerres destructrices, où il est parfois difficile de différencier la réalité de la fiction pour les néophytes en matière de l‘Afghanistan… ce qui est mon cas…

Une guerre sale et cruelle où chacun a ses propres motivations : recouvrer l’honneur et se venger, rester ou accéder au pouvoir, s’enrichir rapidement, s’éclater en faisant la guerre, se perdre dans toute cette violence… chacun y trouve son compte. Nous y suivons les mercenaires accro à la violence et substances dopantes, un journaliste un peu paumé qui enquête sur la présence US en Afghanistan, le chef de clan pachtoune, Sher Ali Khan Zadran, contrebandier au début puis taliban ivre de vengeance par la suite.

DOA est un conteur un peu « à l’ancienne » dans la construction de toutes ces histoires en parallèle. Chacun a son parcours, ses raisons et sa vision des évènements : les coupures de presse sont là pour nous donner un fil directeur neutre au milieu de ces engouements, mais chaque personnage a une vision qui lui est propre de ces faits.

Qu’on se le dise, « Ce monde n’est pas fait pour les humanistes. »  Mais attention à qui ne respecterait pas le pukhtu d’autrui  (version afghane de l’honneur de soi et des siens)!

Ce type de fresque géo-politico-policière n’est en général pas ma tasse de thé, mais il faut bien avouer que Pukhtu m’a complètement absorbée : malgré quelques longueurs parfois – les rapports militaires sont souvent des plus arides, même s’ils mettent très bien en situation – le rythme est soutenu, surtout à la fin, DOA injecte, dans son style factuel et précis, des touches ‘humanisantes’ sans prendre position : qui sont les bons ? qui sont les mauvais ? « Ils tuent des gens, on tue des gens. On lutte pour le bien, eux contre le mal. »

Bref, j’attends avec impatience la suite, les personnages avec leurs faiblesses et leur authenticité me manquent déjà !

J’en profite pour remercier Babelio et les Editions Gallimard pour cette découverte, et pour la formidable occasion de rencontrer un auteur très discret…

N.B. : avis aux lecteurs disposant de peu de temps pour pratiquer du sport, il s’agit encore d’un pavé alliant plaisir littéraire et musculation ! 🙂