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Boulimie Littéraire

Au fil de mes aventures littéraires…

Numéro Zéro (Umberto Eco)

Hank Stone et le coeur de craie (Carl Watson)

« Hank Stone et le coeur de craie » est un ‘roman’ des plus déroutant, il faut bien l’avouer…

Carl Watson nous plonge sans pitié dans le monde de Hank Stone.

Hank vit seul dans un quartier pauvre de Chicago, l’Uptown Chicago. Il observe de sa fenêtre les gens, les bruits, les mouvements, bref la vie de la ville telle un film. Prisonnier de sa solitude et de son trouble d’exister, il n’est qu’un observateur inquiet, voire angoissé de ce qui l’entoure.

Carl Watson décrit la pauvreté qui isole et détruit son héros : Hank ne se parle plus qu’à lui-même et limite la communication avec les autres exclus au strict minimum.

Nous devons Hank, nous sommes ses pensées et vivons sa terrible solitude : une solitude que chacun connait à divers niveaux. Rapidement, une sorte de malaise s’installe au fil des pages, une mauvaise conscience d’ignorer l’autre dans le tumulte de nos vies citadines.

On ne ressort pas indemne de la lecture de ce roman qui nous interroge sur la vie intérieure de chacun dans une société où tout va plus vite et plus loin, sans se soucier de l’âme.

L’écriture de Carl Watson est un bijou de finesse et prouve qu’un roman peut être sans réelle histoire !

Une belle découverte littéraire ! Un grand merci à Babelio et aux Editions Vagabonde !

Tourner la Page (Audur Jónsdóttir)

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Eyja est à un tournant de sa vie, attachée à son cher Coup de Vent, doux surnom de son époux alcoolique de 20 ans son aîné, et attirée par l’écriture de son roman, en digne descendante de feu le Grand-Homme, son grand-père prix Nobel de littérature.

Sa grand-mère, femme de tête, la pousse à quitter son mari et à écrire son roman en Suède, chez sa cousine Runa, ancienne Reine du Ski d’Islande et femme ‘dynamique’ qui a créé un village de vacances en Suède et surtout très créative pour occuper sa jeune cousine à tout sauf à écrire : nettoyer les chalets, s’occuper des enfants, etc.

Eyja se laisse faire, reprend vie peu à peu, et pourra mettre un pied dans l’écriture tant souhaitée. Elle tourne enfin la page.

La construction et l’écriture de ce roman sont novatrices, et peuvent donc être déstabilisantes. En outre, le passage d’une époque à une autre est audacieux et permet de comparer des destins de femmes dans leur jeunesse à différentes époques.

Dans ce roman, les femmes sont des femmes fortes et maîtresses de leur destin, ne laissant que peu de place aux hommes, relégués au rang de figurants.

Une plongée dans la démarche de création littéraire, dans une Islande féminine et sauvage !

Merci à Babelio et aux Presses de la Cité pour cette découverte islandaise!

Paris (Joris-Karl Huysmans)

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Les Editions de l’Herne ont eu la très bonne idée d’éditer ce joli petit recueil d’historiettes sur Paris et ses habitants.

Joris-Karl Huysmans nous raconte son Paris, celui de l’après Haussmann et de l’après révolution industrielle, celui du Paris où se mêlent tradition et modernité. Avec beaucoup de finesse et de tendresse, l’auteur nous présente des Parisiens hauts en couleur, sortes de caricatures qui lui permettent de faire une critique de cette modernité excessive.

Sa vision, exprimée il y a plus d’un siècle, est très actuelle et nous parle : ses becs de gaz, ses petits commerces victimes de la spéculation de propriétaires intraitable, ses gargotes refaites à neuf et méconnaissables qui défigurent Paris et troublent ses ‘clients de la famine’, ses bourgeois endimanchés,…

D’une lecture agréable et fluide, ces ‘nouvelles’ sont de bien belles promenades pour les amoureux de Paris et de son ambiance pittoresque.

Merci à Masse Critique/Babelio et aux Editions de L’Herne pour cette découverte.

Fenêtre sur Crime (Linwood Barclay)

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Un thriller entre virtuel et réalité ! Mais le crime est-il réellement virtuel ?
Thomas, agoraphobe et schizophrène, s’enferme dans sa chambre en compagnie de son ordinateur et du formidable outil, Whirl360, un site de cartographie en ligne, qui lui permet d’explorer et mémoriser des villes entières, pour le compte de la CIA… ou pas…
Ainsi, en arpentant New York, il découvre à une fenêtre le visage d’une femme en train d’étouffer dans un sac en plastique. Thomas veut savoir ce qu’il s’est passé et entraîne son frère, Ray, dans cette enquête pleine de rebondissements.
Ce thriller mêle crimes, nouvelles technologies et grande sensibilité face aux maladies psychiatriques peu comprises que sont l’agoraphobie et la schizophrénie.
Cette utilisation des technologies qui ont changé notre quotidien est abordée par Linwood Barclay avec subtilité. On est aspiré par l’intrigue en dépit d’un style un peu trop journalistique, mais pleine de sensibilité vis-à-vis de Thomas et Ray.
Un bon thriller à emmener sans hésitation pour les vacances !
Je tiens à remercier Babelio et les éditions J’ai lu pour cette découverte et la rencontre avec l’auteur !

Le voyage dans le passé (Stefan Zweig)

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Le Voyage dans le passé est une nouvelle du grand Stefan Zweig traduite très récemment en français.

Louis est un jeune homme pauvre très ambitieux qui n’aspire qu’à réussir. Pris rapidement sous la protection d’un riche industriel qui l’héberge chez lui pour mieux l’assister dans ses tâches. il tombe amoureux de l’épouse de son bienfaiteur. Ce dernier l’envoie, à point nommé en mission de confiance au Mexique.  Mais, bloqué outre-atlantique par la Grande Guerre, Louis ne revient en Europe et ne retrouve celle qu’il a aimé que neuf ans plus tard…

Une nouvelle très zweigienne dans son approche psychologique et d’une grande sensibilité.

J’ai relu par inadvertance cette nouvelle : la magie avait très bien opéré à la première lecture, elle s’est estompée considérablement lors de la relecture… dommage !

Je conseille cependant la lecture de cette nouvelle à tous les amateurs de Stefan Zweig, qui adorent ce conteur subtil et envoûtant !

Pukhtu Primo (DOA)

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Dans Pukhtu Primo, DOA nous embarque sans ménagement au cœur de la dure réalité afghane, une réalité que l’on n’ose pas imaginer. Il s’agit de la première partie d’une fresque hyper réaliste nous immergeant dans divers récits éparses de tous les bords s’affrontant dans les zones tribales afghanes, au Pakistan, à Paris…, mixant les énigmes policières, la géopolitique, les scènes d’action très violentes (âmes sensibles, s’abstenir !!), les rapports militaires, les dépêches d’agence de presse…

Nous vivons là une plongée très très bien documentée et assez étourdissante dans un Afghanistan sali par des décennies de guerres destructrices, où il est parfois difficile de différencier la réalité de la fiction pour les néophytes en matière de l‘Afghanistan… ce qui est mon cas…

Une guerre sale et cruelle où chacun a ses propres motivations : recouvrer l’honneur et se venger, rester ou accéder au pouvoir, s’enrichir rapidement, s’éclater en faisant la guerre, se perdre dans toute cette violence… chacun y trouve son compte. Nous y suivons les mercenaires accro à la violence et substances dopantes, un journaliste un peu paumé qui enquête sur la présence US en Afghanistan, le chef de clan pachtoune, Sher Ali Khan Zadran, contrebandier au début puis taliban ivre de vengeance par la suite.

DOA est un conteur un peu « à l’ancienne » dans la construction de toutes ces histoires en parallèle. Chacun a son parcours, ses raisons et sa vision des évènements : les coupures de presse sont là pour nous donner un fil directeur neutre au milieu de ces engouements, mais chaque personnage a une vision qui lui est propre de ces faits.

Qu’on se le dise, « Ce monde n’est pas fait pour les humanistes. »  Mais attention à qui ne respecterait pas le pukhtu d’autrui  (version afghane de l’honneur de soi et des siens)!

Ce type de fresque géo-politico-policière n’est en général pas ma tasse de thé, mais il faut bien avouer que Pukhtu m’a complètement absorbée : malgré quelques longueurs parfois – les rapports militaires sont souvent des plus arides, même s’ils mettent très bien en situation – le rythme est soutenu, surtout à la fin, DOA injecte, dans son style factuel et précis, des touches ‘humanisantes’ sans prendre position : qui sont les bons ? qui sont les mauvais ? « Ils tuent des gens, on tue des gens. On lutte pour le bien, eux contre le mal. »

Bref, j’attends avec impatience la suite, les personnages avec leurs faiblesses et leur authenticité me manquent déjà !

J’en profite pour remercier Babelio et les Editions Gallimard pour cette découverte, et pour la formidable occasion de rencontrer un auteur très discret…

N.B. : avis aux lecteurs disposant de peu de temps pour pratiquer du sport, il s’agit encore d’un pavé alliant plaisir littéraire et musculation ! 🙂

Le blues du braqueur de banque (Flemming Jensen)

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Le narrateur, braqueur de banque malchanceux, raconte l’histoire alambiquée de Max, homme de l’ombre du Premier Ministre danois.

Max est un génie : il parvient à se sortir des situations les plus complexes, avec aisance et classe.

Max est conseiller politique de haut niveau. Il est l’homme de l’ombre, le génie. Il est malin et avec lui on s’en sort toujours. Seulement cette fois, Max a assassiné son meilleur ami, qui est aussi, accessoirement, le Premier ministre danois. Coincé entre une insurrection groenlandaise et d’âpres négociations internationales, un match Danemark-Suède et l’intervention d’une jeune scoute peut-être pas si cruche qu’elle en a l’air, quel plan génial pourra-t-il échafauder pour se tirer d’affaire ? Un texte décalé et burlesque sur fond de satire politique.

Formidable comédie absurde à souhait qui permet de reconsidérer avec sourire la vie politique du sage petit royaume du Danemark.

The Violence of Organized Forgetting – Thinking Beyond America’s Disimagination Machine (Henry A. Giroux)

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A une époque où la violence et la guerre semblent se renouveler en permanence, la question de la mémoire historique est essentielle et troublante. Dans cet essai, Giroux démontre minutieusement le processus de la méconnaissance et de la désinformation, associé à une économie néolibérale, développant les inégalités, la pauvreté, les faillites, la mort et la destruction. Ce processus s’accélère et se renforce par le biais d’une éducation limitée des masses, une utilisation de programmes ludiques abêtissant… Comme cet oubli organisé est intimement lié à une violence ambiante, il est indispensable que se développent et s’approfondissent la non violence et une théorie de la responsabilité, de l’espoir et de la démocratie. Selon Giroux, la solution réside dans la capacité de se souvenir du passé pour repenser, rééduquer et recréer le présent.

Dans cet essai très américain, il est effrayant de constater que cette «folie» sociale et politique et cette amnésie ont atteint les autres pays occidentaux à des degrés divers. Le militarisme exacerbé, le système de punition et de surveillance omniprésente touchent de plus en plus la vieille Europe, où la démocratie est atteinte dans ses gènes, où la violence, l’égoïsme et l’oubli produisent un pseudo sens commun dangereux et inculte, et limitent la capacité du peuple à penser de façon critique et constructive.

Cette brillante démonstration de Giroux nous montre un monde de folie, ressemblant beaucoup à « 1984 ». Allons-nous résister à cette folie ?

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